Didier BuffetDe la Bourgogne à La Réunion

Littéraire de formation et amoureux des langues étrangères, rien ne le prédestinait à travailler dans la santé. Aujourd’hui, les problèmes de dépendance sont au cœur de ses projets qu’il développe aussi bien en Bourgogne, sa terre d’adoption, qu’à La Réunion, où il file le grand amour.

Bourguignon d’adoption, il se considère aujourd’hui comme un métisse européen converti. Ce gérontologue dijonnais mène de front deux projets qui lui tiennent particulièrement à cœur, créer un système d’aidants professionnels et produire du vin à La Réunion.

Quoi de plus fidèle que de se présenter soi-même… Didier Buffet se définit aujourd’hui comme un métisse. « Je suis petit-fils d’un républicain espagnol qui a été emprisonné chez Franco, ce qui a marqué chez moi une forme de révolte et qui m’a sensibilisé aux problèmes de la démocratie et de l’humanisme. Mon grand-père était communiste, et mon papa est savoyard, lui-même pas mal mélangé avec des origines vraisemblablement russes, allemandes, suisses et italiennes, ce qui fait de moi un européen ». Littéraire et linguiste de formation, diplômé d’une maîtrise en langues étrangères appliquées, Didier Buffet a commencé à exercer dans la Marine nationale en tant qu’interprète au grade d’officier pendant deux ans et depuis, officier de réserve. Sa plongée dans le monde de la santé date de sa rencontre avec la mère de ses deux premiers enfants, à l’époque pharmacienne. « J’ai intégré l’industrie pharmaceutique à l’âge de 28 ans », explique-t-il. Sensibilisé aux problèmes liés à la dénutrition dès la fin des années 1990, Didier Buffet décide de créer le site Nutrisenior pour combattre celle qui touche les personnes âgées. « J’ai été coopté par le professeur de gériatrie Pierre Pfitzenmeyer pour intégrer le club francophone gériatrie nutrition et il m’a ensuite encouragé à passer un diplôme de gérontologie, pour que je puisse me perfectionner ». Il a ensuite rencontré un chasseur de tête qui l’a fait rentrer au sein de la biotech américaine Pharmion pour travailler dans le domaine de l’onco-hématologie, notamment sur le médicament controversé Talidomide avant son rachat par Celgene en 2007. « Depuis, je travaille toujours pour Celgene et je m’occupe du petit-fils de Talidomide, le Pomalidomide pour lutter contre le cancer du myélome », complète-t-il.

L’AIDE AUX PERSONNES FRAGILISÉES

Gérontologue diplômé de l’université de Bourgogne, Didier Buffet devient rapidement “aidant naturel” lorsque sa femme perd la vue six mois après leur rencontre. « Nous avons depuis divorcé, mais cette période de ma vie m’a vraiment sensibilisé aux problèmes liés à la dépendance et je sais que c’est un sujet qui concerne beaucoup de monde », confie-t-il. Face à ce constat, Didier Buffet souhaiterait aujourd’hui créer le concept d’aidant professionnel.

« Le “fragilologue” serait un spécialiste de la fragilité et surtout le chef d’orchestre dans un processus d’assistance à une personne fragile. Que ce soit un enfant né avec une maladie, une personne victime d’un accident de la vie ou d’un cancer, ou encore une per- sonne âgée en situation de handicap, la fragilité coûte énormément d’argent à la société », explique-t-il. Pour lui, aujourd’hui, les aidants naturels, comme les proches, peuvent aider, mais cela entraîne un certain nombre de dommages collatéraux. Cet aidant professionnel serait ainsi formé pour travailler avec des juristes, des assistantes sociales et des psychologues de manière à pouvoir prendre en charge tous les types de situation. « Je prends l’exemple d’une femme qui aurait 40 ans, un mari et deux enfants, et qui apprendrait qu’elle est victime d’un cancer. Au delà de la prise en charge psychologique de sa propre maladie qui est déjà très difficile, il va falloir qu’elle prenne en charge aussi le chagrin de son mari et de ses enfants, les problèmes professionnels parce qu’elle va devoir s’arrêter de travailler,… Cela fait beaucoup de choses pour une personne et je pense que ce serait intéressant d’avoir un professionnel qui pourrait poser un diagnostic concernant les besoins personnels et professionnels pour ensuite mettre en place toute une série d’actions auprès de l’organisme pour lequel travaille la personne fragile et auprès des assurances. Il faut faire en sorte que le couple subsiste à cette situation et que les enfants ne portent pas ensuite le traumatisme de cette maladie ». En somme, un gérontologue qui ne serait pas orienté que “personnes âgées” et pas non plus connoté à un âge en particulier, mais plutôt un pivot de l’assistance dans la société, en relation avec les différentes institutions et organismes. « Finalement, un aidant professionnel qui vienne soulager les aidants naturels », conclut-il. Un projet qu’il ambitionne de lancer en Bourgogne-Franche-Comté mais qui aurait aussi toute son importance à La Réunion, département qu’il partage aujourd’hui avec sa nouvelle compagne.

PLANTER DES VIGNES À LA RÉUNION

« La Réunion compte beaucoup de personnes fragiles, 20 % de diabétiques contre 5 % en métropole, il y a beaucoup d’alcoolisme et de chômage… C’est pour cela que je m’intéresse à cette île, parce que je pense qu’il y a des choses à faire au niveau social, mais aussi au niveau gastronomique et culturel », explique Didier Buffet. Chevalier de la Confrérie du Tastevin et ambassadeur des vins de Bourgogne, ce dernier s’est étonné, lors de son premier voyage, de voir que La Réunion ne produisait qu’un vin et que les vins de la métropole étaient lourdement taxés, à 51%. « Il y a pourtant une région qui s’appelle la plaine des cafres et qui a un climat proche de celui du Jura et des Vosges. Aujourd’hui dédiée à la culture et à l’élevage, cette terre pourrait très bien accueillir des pieds de vigne ». Avec des spécialistes comme Didier Langlois, Jackie Rigaux ou encore Claude et Lydia Bourguignon, Didier Buffet pense qu’il y a des choses à faire et espère pouvoir sensibiliser Didier Robert, le sénateur de La Réunion. L’objectif serait de trouver un endroit où planter des vignes et sélectionner un certain nombre de cépages pour trouver celui qui s’adapterait au mieux au climat de l’Île de La Réunion où le temps d’ensoleillement est moindre qu’en Bourgogne. « Nous pourrions ainsi proposer à des agriculteurs ou des propriétaires terriens de se lancer dans une expérience de vigne ».

Parcours

1965 Naissance, le 4 mai à Nantua.
1990 Départ à Toulon pour l'Armée.
1994 Mariage avec Anne, sa première femme.
1996-1999-2010 Naissance de ses enfants, Victoire, Félix, Maxime et Lucie.
2017 Il se rend pour la première fois à la Réunion.
Commentaires