Christophe NicolleConcepteur d’intelligence artificielle

Christophe Nicolle vient de fonder son laboratoire dédié à l’intelligence artifielle dans les locaux de l’IUT à l’université de Bourgogne. (Photo : JDP)

À 50 ans, cet enseignant-chercheur vient de fonder le premier laboratoire dédié à l’IA à l’Université de Bourgogne Franche-Comté.

Un certain Coluche avait dit : « Des chercheurs qui cherchent on en trouve, des chercheurs qui trouvent, on en cherche ». Christophe Nicolle fait justement partie de la deuxième catégorie. Non seulement il trouve des solutions mais ses innovations sont transférées sur le marché industriel. C’est la vocation première de son laboratoire public de recherche, le CIAD (Connaissance et Intelligence Artificielle Distribuées). Celui-ci est sous la tutelle de l’Université de Bourgogne Franche-Comté et la tutelle de l’Université de Technologie de Belfort-Montbéliard. Il est en partie financé par Sayens (la Société Accélératrice de Transfert de Technologie Grand Est) qui détecte les recherches susceptibles d’être transférées dans le monde de l’entreprise. « Telle une marguerite dont on détacherait un à un les pétales, le laboratoire propose des solutions innovantes qui deviennent des start-ups indépendantes », explique Christophe Nicolle. Le CIAD est constitué d’environ 70 personnes (Enseignants-Chercheurs, Doctorants, Ingénieurs, Post-Doctorants, Personnel Administratif ). « Notre objectif est de concevoir des Intelligences Artificielles hybrides, distribuées et explicables », explique le professeur. Les spécialités du CIAD sont le développement de méthodes et d’outils de contrôle de véhicules autonomes, de détection d’objets (long life machine learning) pour les robots, de programmation orientée agents (pour la simulation de systèmes cyber physiques complexes tels le déplacement de foules ou de nuage de drones), l’ingénierie d’ontologies pour permettre le raisonnement causal sur des croyances et des vérités ou encore la fouille de données pour construire des corrélations entre données massives. Depuis la création du laboratoire, en janvier 2019, un projet est déjà entre les mains d’un industriel : la société Wittym. « L’idée est de donner le plan d’architecte à la machine qui détecte toutes les erreurs possibles, notamment au niveau géométrique et logique », précise Christophe Nicolle.

Autre projet : WiseNet. Une caméra intelligente qui exprime sous la forme de texte ce qu’elle voit sans transmettre d’image. « L’idée est que des petites caméras présentes un peu partout dans un bâtiment, telles des guetteurs, envoient des informations précises de détection d’une personne qui se déplace par exemple, à une intelligence artificielle centrale qui, elle, traite ces données pour élaborer sur un plan reconstruit du bâtiment les mouvements des personnes. Ainsi, l’humain n’est plus obligé de regarder de multiples écrans pour suivre les déplacements mais un seul écran avec un plan précis de ce qui se passe à l’instant T », explique Christophe Nicolle.

Troisième projet en cours : l’intelligence artificielle pour la modélisation des chantiers et maintenance des voies ferres. « Cette innovation s’adresse à tous les prestataires de l’entretien des voies ferrées du monde entier », indique Christophe Nicolle.

RÉUSSIR À CONNECTER DEUX MONDES OPPOSÉS

La force de Christophe Nicolle est sa faculté à parler deux langues étrangères et pourtant complémentaires : celle des industriels et celle des scientifiques. « Les chercheurs ont une obligation de moyens et les industriels des obligations de résultats. En réalité, il faudrait que les industriels donnent les moyens aux scientifiques », constate-il. Grâce à son expérience dans de nombreuses sociétés en informatique, il connaît les codes de l’entreprise. Lors de son parcours universitaire, de la maîtrise au doctorat, le scientifique a toujours travaillé en parallèle dans le secteur informatique. Aujourd’hui, il est expert reconnu au niveau international. Le Bourguignon est notamment membre de BuildingSMART International et donne des conférences sur l’intelligence artificielle dans le monde entier. Il partage son temps entre l’enseignement, la recherche et les industriels.

L’INFORMATIQUE DANS LA PEAU

Le domaine de l’informatique a toujours été une passion pour le chercheur. À 12 ans, il s’achète son premier ordinateur, plutôt rare si l’on remet dans le contexte de l’époque… À 16 ans, il conçoit un logiciel de calcul de prévision de retraites complémentaires pour l’UAP – La Séquanaise, l’ancien groupe d’assurances française basé à Besançon, devenu AXA. « L’objectif est de pouvoir édité directement chez le client son comparatif de retraite », précise le scientifique. Le jeune chercheur devient à 26 ans docteur es Sciences et maître de conférences à l’IUT de Dijon-Auxerre.
Six ans plus tard, il créé une première société en s’associant avec un industriel : ACTIVe 3D. Sur la base de ses résultats de recherche, la solution est une plateforme Web de gestion technique de patrimoine immobilier. « L’objectif est de permettre l’interopérabilité de tous les acteurs métiers qui interviennent au cours du cycle de vie du bâtiment construit », explique Christophe Nicolle. La solution a été lauréate du concours mondial de l’innovation dans la catégorie big data en 2014. Deux ans plus tard, ACTIVe3D est rachetée par Sopra – Steria, l’un des leaders de la transformation numérique. Le professeur d’université ne compte plus les nombreux prix qu’il a reçus mais un a marqué sa carrière : en 2003, il reçoit la médaille d’or de l’innovation technologique pour ACTIVe3D au salon Batimat, le salon professionnel de la construction.

« En réalité l’AI a été traduit en français par Intelligence Artificielle – ce qui peut faire peur – mais on aurait dû le traduire par “renseignement artificiel” ». En effet, la Central Intelligence Agency (CIA) a bien été traduite par « agence centrale de renseignements » en français. Toutes les recherches de l’éminent professeur vont dans ce sens : des innovations au service du savoir-faire humain.

Parcours

1969 Naissance à Nevers le 19 août.
1985 Création d'un logiciel de calcul de prévision de retraites complémentaires pour l'UAP - La Séquanaise UAP (aujourd'hui AXA).
1996 Il devient maître de conférences.
2002 Création d'ACTIVe3D.
2003 Il reçoit la médaille d'or de l'innovation technologique au salon Batimat.
2008 Il devient professeur des Universités.
2014 Lauréat du concours mondial de l'innovation dans la catégorie BigData.
2019 Création du CIAD et de la société Wittym.
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