Citiz Occitanie affiche ses ambitions pour 2030

Le service d’autopartage de véhicules Citiz Occitanie ambitionne d’étoffer son maillage régional et de verdir sa flotte.

Ce n’est pas qu’un changement de sémantique. La coopérative de voitures partagées, Citiz Toulouse rebaptisée Citiz Occitanie, a également connu en interne des changements de direction qui influent indéniablement sur les nouveaux caps stratégiques de la structure. Tandis que son expansion en dehors des contours de l’agglomération toulousaine n’était pas encore une priorité il y a deux ans, désormais, c’est en substance l’un des challenges de sa feuille de route à l’horizon 2025.

Douze ans après sa création, la coopérative ambitionne d’étoffer son parc automobile à moyen terme, passant de 85 véhicules à 200 sur le territoire régional. « Étant donné que nous avons Toulouse Métropole et Tisséo au capital, nous souhaitons mailler davantage les territoires concernés, notamment le Muretain, le Sicoval, etc. Nous souhaitons également aller plus loin comme à Cahors ou à Foix. De nombreuses collectivités de la région sont aujourd’hui plus dynamiques sur la mobilité durable et les transports multimodaux, et œuvrent dans ce sens », souligne Alexandre Jouaville, à la direction générale depuis août dernier. Deux projets ont changé la donne. D’abord, le succès de l’expérimentation avec le Parc Régional des Grands Causses en Aveyron, projet qui a d’ailleurs évolué en appel d’offres. Après avoir posé les jalons l’été dernier avec trois véhicules, l’objectif est désormais d’augmenter le parc à plus de 20 véhicules d’ici trois ans. « Historiquement, l’autopartage s’implante dans les métropoles, là où le fait de posséder un véhicule personnel devient plus un problème qu’un avantage. Cependant, nous avons vocation à apporter une solution dans les territoires où les populations n’ont pas les moyens de posséder une voiture. C’est un enjeu plus complexe à mettre en place car l’auto partage vient généralement en complément du tissu de mobilité public déployé », détaille le DG. Toujours dans une optique de développement continue, la coopérative a franchi un nouveau pas en Hautes-Pyrénées avec l’opérateur des transports publics de la Communuté d’agglomération de Tarbes Lourdes Pyrénées, Kéolis. Les villes de Tarbes et Lourdes deviennent ainsi les pionnières d’un service d’autopartage 100 % électrique. « Si la pandémie a ralenti le lancement du projet qui durera huit ans, le test est désormais en route avec au total cinq véhicules (quatre à Tarbes, un à Lourdes). Nous essayons de tester des concepts différents et visionnaires dans chaque territoire pour stimuler notre activité ».

Verdir le parc automobile, est en effet, un des autres axes stratégiques de la coopérative à l’horizon 2025-2030. Tandis que l’Europe impose aux industriels de l’automobile de s’adapter à des normes d’émissions de CO2 toujours plus draconiennes et envisage d’interdire la vente des véhicules thermiques dès 2030, la coopérative n’a peut-être pas d’autre choix que de s’aligner sur ces objectifs. « L’enjeu est majeur. Quand bien même, nous nous questionnons sur la diversification de notre flotte, nous savons que l’autopartage avec des véhicules thermiques ne pourra plus être la norme d’ici 10 ans. Depuis plusieurs années, nous augmentons la part des véhicules électriques et hybrides. En cinq ans, nous avons doublé notre flotte et leur part s’est portée de 5% à 30%. Globalement, aujourd’hui, lorsque nous créons une nouvelle station, nous priorisons l’électrique. Et nous remplaçons les anciens véhicules thermiques, par des véhicules hybrides, explique-t-il. Cependant, pour moi, un véhicule diesel autopartagé est sans conteste beaucoup plus durable qu’un véhicule électrique acheté à titre individuel ». Le dirigeant pointe également une autre problématique : le nombre de bornes disponibles. « Nous ne pouvons pas déployer notre service sans avoir les infrastructures dédiées. Nous discutons actuellement avec Toulouse Métropole et son opérateur Bouygues Energies & Services pour le déploiement de 250 nouvelles bornes d’ici la fin de l’année. »

Quid de l’approvisionnement du parc ? « Il s’agit en général de l’achat de véhicules neufs, mais nous réfléchissons à des véhicules d’occasion récents, dans une logique de réemploi des véhicules qui ont peu servi. Aussi, nous lançons un modèle innovant en nouant des partenariats avec des particuliers ou professionnels qui souhaitent partager leurs véhicules », sous conditions évidemment.

Si l’année 2020 a affecté un bon nombre d’entreprises, la coopérative a, elle, tenu le choc. Malgré une baisse de 13 % de son CA par rapport aux résultats 2019, elle affiche une progression de son activité de 20 % dès que les restrictions de mobilité s’arrêtent et les demandes d’autopartage affluent. « L’été dernier, nous avons connu la plus forte progression d’activité depuis notre création, relève-t- il. D’ailleurs, à chaque déconfinement, notre dynamique de croissance s’est confirmée. Nous visons une progression de notre CA de 15 % en 2021 par rapport à celui de 2019. » Cette tendance à la hausse se poursuit égale- ment au premier trimestre 2021 « avec +10% du nombre de réservations par rapport à la même période en 2019 » et ce, malgré les restrictions gouvernementales actuellement en vigueur. « Il existe une réelle appétence pour l’autopartage qui ne se traduit pas encore dans notre CA ». En revanche, avec l’instauration du télétravail qui est devenu monnaie courante, la part des professionnels, qui représentent généralement 40 % de l’activité, est en chute libre. « Nous surveillons cette tendance baissière en vue d’adapter notre offre. »

Les signaux semblent donc être au vert pour Citiz Occitanie, qui revendique déjà 4 900 abonnés dont 1 900 utilisateurs effectifs. Laquelle fait partie d’un réseau national présent dans 154 villes et compte 720 stations. « Nous créons des stations presque tous les mois ». Cependant, il reste encore des zones grises notamment dans le centre de la France. Si mailler davantage la ville de Toulouse, l’Occitanie et coopérer au développement du territoire national font partie de ses objectifs, la coopérative ne lorgne cependant pas au-delà des frontières hexagonales. Le réseau compte également parmi ses stations, 90 gares à l’échelle nationale. C’est un axe de développement que Citiz Occitanie ambitionne d’intensifier d’ici 10 ans notamment sur le plan local, d’autant que la Région Occitanie est rentrée au capital de la coopérative depuis fin avril. « Nous envisageons de nous installer à proximité des principales gares TER de la région. Notre objectif est de permettre aux utilisateurs de se servir uniquement de la voiture pour les derniers kilomètres. Encore une fois, il s’agit de les amener vers une logique de déplacements multimodaux ».

Pour accompagner sa croissance, la coopérative, qui réunit huit collaborateurs, réalise actuellement une levée de fonds auprès des citoyens, des entreprises et des collectivités, et espère atteindre un capital de 800 K€ d’ici fin 2021, chiffré pour l’instant à 550 K€.

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