Jérémy Prévoteaux« C’est formidable de vivre pleinement de sa passion »

Depuis 2011, Jérémy Prévoteaux a traversé les mers à bord de sept bateaux différents. (Droits réservés)

Ex-vice champion de France junior de patinage artistique, l’Ardennais vit de sa passion à travers sept mois en croisière, trois mois dans la production de spectacles pour le Parc Astérix et un mois pour l’entraînement des jeunes espoirs carolos.

«Un jour, j’ai accompagné ma mère à la patinoire de Charleville-Mézières où elle emmenait mon frère et ma cousine. Et c’est moi qui ai tout de suite été séduit par la discipline. Eux n’ont pas continué alors que j’ai absolument voulu revenir. J’ai débuté à 6 ans. Depuis, je n’ai jamais arrêté. J’ai toujours apprécié la glisse, la grâce et toute la gamme des sauts proposées par cette activité ».

Jérémy Prévoteaux démontre vite ses qualités. Pris en mains par Elena Issatchenko, il entame la compétition à douze ans à Compiègne (Oise) et accède à 18 ans au haut niveau national. « C’était l’époque où beaucoup de patinoires ont ouvert leurs portes et les clubs français faisaient souvent appel aux entraîneurs étrangers pour encadrer les licenciés. J’ai eu la chance de travailler avec Elena ».

La coache biélorusse a laissé une empreinte indélébile au chef-lieu des Ardennes en formant Alban Préaubert, Romain Ponsard et Jérémy Prévoteaux, trois patineurs artistiques qui faisaient partie de l’élite internationale. Exceptionnel pour un club de province (pour lui rendre hommage, la municipalité de l’époque a donné son nom à la patinoire en 2007). Après avoir suivi sa scolarité, de la maternelle à la Terminale, à l’école Saint-Rémi de Charleville-Mézières où son père était professeur de SVT, Jérémy muni d’un baccalauréat scientifique, connaît à 18 ans le double bonheur d’être sélectionné en équipe de France et d’intégrer l’INSEP, l’immense campus du bois de Vincennes où il va bénéficier d’horaires aménagés pour continuer le patinage et préparer une licence en STAPS.

Parallèlement à ses études, Jérémy s’entraîne à Champigny avec Annick Dumont, devenue depuis consultante à la télévision sur les épreuves de patinage aux côtés de Philippe Candeloro et Nelson Montfort. Il prend part à diverses compétitions internationales. « J’ai concouru à des Grands Prix à Montréal et à Osaka notamment, été sélectionné pour les championnats du monde universitaire à Turin après être devenu vice-champion de France juniors à Reims ».
Étant alors considéré comme le quatrième patineur français derrière Brian Joubert, Alban Préaubert et Yannick Ponssero, Jérémy n’aura jamais la chance de disputer des championnats du monde ou les J.O. « J’occupais à chaque fois la mauvaise place pour accéder au Graal. Mais je demeure, malgré tout, fier de ma carrière sur glace terminée à 24 ans ».

INITIATION À LA COMMUNICATION

À sa sortie de l’INSEP, le Carolo choisit une orientation différente de celle qui lui était promise. « Ça ne l’a pas fait lors de mes premiers contacts à Saint-Mandé avec les élèves de primaires pour mon stage de fin d’études qui servait à la découverte du métier d’enseignant. Je n’ai pas eu envie de me transformer en gendarme à l’intérieur de la classe. Et j’ai mis le cap vers une école de communication, Sup de Pub, pour passer une licence de communication en publicité ».

Jérémy Prévoteaux travaillera ensuite dix mois au sein de « L’agence de presse » comme concepteur-rédacteur, faisant toute la pub interne du Figaro, Télé 7 jours et Télé Loisirs, laissant libre cours à sa créativité.

L’entrée dans la vie active le contraint à ralentir la cadence de ses entraînements et il se résout, en 2010, à ranger ses patins après une cinquième place aux championnats de France. « Je n’étais plus en mesure de concilier mon nouveau métier à une activité sportive exigeante d’autant qu’à Paris tout est plus compliqué avec les moyens de transport ».

PATINAGE ET CROISIÈRES

Mais très vite, Jérémy va être rattrapé par sa passion. « Par le biais d’un ami, j’ai eu l’occasion de faire une audition pour la compagnie maritime américano-norvégienne Royal Caribbean International, basée à Miami qui m’offrait la possibilité de renouer avec le patinage, durant des croisières. En mars 2011, j’embarquais donc à bord de « L’allure of the Seas », un bateau de 361 m de long et de 225 282 tonnes. Avec ses 21 étages et une capacité de plus de 8 000 personnes (6 296 passagers et 2 165 employés), c’était ni plus, ni moins que le plus gros paquebot du monde à l’époque. Une vraie ville sur l’eau ».

Depuis, Jérémy a traversé les mers à bord de sept bateaux différents et emmagasiné de l’expérience. « Au départ, je partais un peu à l’aventure en abordant quelque chose de totalement nouveau. Pour me faire de l’argent de poche, j’avais déjà côtoyé le milieu du spectacle au parc Astérix. Mais cette toute petite expérience n’avait rien à voir avec ce qui m’attendait là ». Lors de ces croisières de sept jours avec trois escales qui l’occupent durant six mois, l’Ardennais de 33 ans a vu du pays en découvrant soixante- dix endroits dans des zones de navigation comprenant les Antilles, les Caraïbes, l’Europe, l’Asie, l’Amérique du sud, l’Australie, le Canada, et l’Alaska.

Sa mission ? « Après avoir préparé les chorégraphies, il faut assurer toute les semaines cinq spectacles de
50 minutes avec une équipe de dix patineurs de différentes nationalités et ayant fait eux aussi de la compétition. Nous exécutons des solos de cinq minutes avec des triples au programme et des numéros de groupe dans une patinoire comptant 800 places, constamment remplie. On est toujours sur la glace, changeant de costume de la tête au pied une dizaine de fois au cours du spectacle en étant aidé par des danseurs et des chanteurs durant le backstage pour zipper et dézipper. Il faut être endurant. Je fais d’ailleurs du cardio cinq fois par semaine pour tenir ce régime. Une obligation qui figure dans notre contrat. Ça fait huit ans que cela dure et je ne m’en lasse pas ».

PRODUCTEUR DE SPECTACLES

De retour sur terre, Jérémy travaille depuis 12 ans, de novembre à janvier, au Parc Astérix où en tant qu’associé de l’entreprise belge de spectacle « Global International Show », il est devenu directeur de casting et de la chorégraphie et même acteur des animations de fin d’année. Six à huit week-ends et quinze jours à cheval entre la fin d’une année et le début de l’autre. « Un spectacle mêlant patinage et cirque que je prépare dès septembre en choisissant les artistes et les musiques, en montant les programmes et en assurant la production de A à Z. La prochaine édition revêtira un caractère particulier car elle coïncidera avec le 30e anniversaire du parc de loisirs ».

En plus de cela, Jérémy Prévoteaux assure, durant l’été, les entraînements des jeunes espoirs du Charleville-Mézières Sports de Glace et l’initiation aux débutants. « En fait, je patine tout le temps. Je vais encore vivre de cette façon durant deux à trois ans mais j’envisage aussi de préparer le brevet d’État d’entraîneur car différents clubs français sont en recherche de cadres. Et je ne m’interdis pas d’opérer une reconversion dans cette voie… ».

Parcours

1986 Naissance le 14 août à Villers-Semeuse.
1993 Première licence au Charleville-Mézières Sports de Glace.
1998 Première compétition de patinage artistique, à Compiègne.
2003 Vice-Champion de France Junior à Reims.
2011 Première croisière pour la Caribbean International.
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