Éric MichouxCapitaine d’industrie

Éric Michoux devant son camping-car prêt à livrer à ses collaborateurs masques et gels hydroalcooliques.

Ce fils d’artisan arrivé en Bourgogne en 1989, s’est pris de passion pour la reprise et la sauvegarde d’entreprises du patrimoine industriel français en difficulté. Il est aujourd’hui à la tête du groupe Galilé, qui compte quelque 26 sociétés un peu partout en France et à l’étranger. En avril, face à la crise du Covid-19, il s’est lancé dans un tour de France de 5.000 kilomètres pour dire merci à ses collaborateurs.

Cinq mille kilomètres en cinq jours à bord d’un camping-car ! Un nouveau défi relevé par l’aventurier Mike Horn ? Vous faites fausse route, point de performance sportive ici, mais plutôt le road-trip qu’un entrepreneur bourguignon hors norme, Éric Michoux, Pdg du groupe industriel Galilé, qui compte plus de 500 salariés répartis sur une vingtaine de sites dans l’hexagone. Un tour de France, entrepris mi-avril, pour dire merci, prendre le pouls et rassurer. « Après avoir tout organisé, structuré en amont aux niveaux administratif et opérationnel pour débloquer et obtenir les aides, prêts et autres reports de créances de l’État, j’ai voulu voir comment cela se passait sur le terrain… Il y avait d’abord cette envie de dire merci à tous ces collaborateurs sans qui aucune entreprise n’existerait. À celles et ceux qui ont continué de venir travailler malgré la crainte du virus, mais aussi aux télétravailleurs qui se sont pleinement investis ». Faute d’hôtels ouverts, il prend donc le volant d’un camping-car, attestation dérogatoire dans le vide-poche et coffre rempli de masques, gants, combinaisons, gels hydroalcooliques et… quelques bouteilles de Bourgogne, avec en ligne de mire ses sites industriels de Chalon-sur-Saône, Dijon, Lyon, Vichy, Clermont-Ferrand, Gap, Tours, Nantes, Saint-Étienne et Remiremont. « Le second objectif était pour moi de faire un état des lieux de chaque entreprise et de chaque situation forcément unique. Bien que relevant toutes de la sphère industrielle, nos activités sont très diverses et là où, dans le secteur automobile, c’est le carnet de commandes qui fait défaut, dans l’énergie, si ce dernier est toujours bien rempli, c’est dans la livraison de matières premières que se trouve la faille, explique Éric Michoux. J’ai également voulu vérifier que tous les aspects des exigences sanitaires et de la protection des salariés avaient bien été traités. Créer aussi du lien, en informant les uns et les autres sur ce qui se passait dans chaque entité du groupe… Effacer les doutes qui parfois peuvent être source
de défiance, déculpabiliser les dirigeants sur l’utilisation des aides de l’État et rassurer, sans
être devin, sur le futur
». Une démarche inédite qui en dit long sur le caractère humaniste, déterminé et bienveillant de ce chef d’entreprise, également maire depuis 2008 de la commune d’Épervans en Saône-et-Loire (1.600 habitants) et père de trois enfants. Éric Michoux est né à Cambrai dans le Nord au sein d’une famille d’artisans. Il grandit dans le Val d’Oise (95). Côté formation, ce petit-fils d’agriculteurs, qui conduisait des tracteurs avant même d’avoir le permis, obtient en 1977 un baccalauréat microtechniques. Toutefois, ce n’est point le roulis des machines-outils qui l’attire mais bien celui chloré de cette eau qui, agitée par les plongeons des nageurs, vient mourir sur le rebord de la piscine. « En parallèle de mes études, je me suis investi dans le sport. J’ai ainsi été entraîneur de natation et moniteur de plongée du bataillon de Joinville pendant mon service militaire (une ancienne unité militaire de l’armée française accueillant des appelés sportifs. Ndlr). Je souhaitais faire de la natation mon métier, en tant que maître-nageur », confie Éric Michoux. Ses parents, désireux qu’il embrasse une carrière plus solide, douchent quelque peu cette envie. La carrière sportive mise aux vestiaires, il embraye sur un CAP de tourneur fraiseur à Sarcelles, avant de décrocher, en 1984, un diplôme d’ingénieur de l’Institut polytechnique des sciences avancées (IPSA) de Paris.

SERIAL ENTREPRENEUR

Au sortir de cette grande école des métiers « de l’air et de l’espace », le jeune homme est engagé comme ingénieur R&D sur le site, basé en région parisienne, d’une multinationale américaine Allied Signal Technologies (anciennement Bendix). Il y reste jusqu’en 1989, où il décide, à 29 ans de tout quitter pour s’installer, avec sa femme et leurs trois enfants, dans la campagne bourguignonne, à Épervans en Saône-et-Loire. Un ancrage local qui devient une passion et une source d’énergie au quotidien… Jusqu’en 1997, il est responsable du bureau d’études et de développement de la société Bobard, un constructeur bourguignon de matériel viticole, avant de suivre la voie de l’entrepreneuriat avec la reprise de sa première société industrielle : Siem Services, à Mâcon, en 1998. « J’ai racheté cette entreprise qui connaissait des difficultés sous forme de location-gérance. Elle comptait une dizaine de personnes et avait pour activité la location et maintenance de matériel de manutention et des chariots élévateurs », raconte Éric Michoux. Deux ans plus tard, la société est classée dans les 1.000 premières PME françaises ayant une bonne rentabilité. Peu de temps après, il rachète l’entreprise Provéa (équipements pour les fabricants de tubes). Son appétence pour la reprise d’entreprises et notamment celles qui font partie du patrimoine industriel français – tout en préservant l’emploi – s’exprime à un rythme proche d’une reprise par an, jusqu’à la création en 2003 du groupe Galilé. Aujourd’hui cette holding – dont le système de management respecte l’indépendance de chaque entité, avec la volonté de transmettre et d’innover dans le monde rural – se construit sur trois pôles d’activité : industrie (robots, machines-outils,automatismes), énergie (équipements pour le nucléaire) et manutention (chariots élévateurs). Elle compte 26 entreprises partout en France et à l’international et 500 collaborateurs. Parmi les « pépites » reprises par celui qui, en 2014, fut distingué « Capitaine d’industrie » par la CCI de France, on peut citer : l’entreprise Farman à Joué-lès-Tours, en Indre-et-Loire. Fondée en 1908, par trois frères : Dick, Henri et Maurice Farman, elle est une des plus vieilles sociétés françaises. « Ce trio de pilotes français devenus constructeurs d’avions sont notamment les inventeurs (avec le bourguignon d’adoption Gabriel Voisin) des volets d’avions et, en 1924, les créateurs de la Société générale des transports aériens, qui sera une des compagnies qui donneront naissance à Air France en 1933 », relate Éric Michoux. Aujourd’hui, Farman – rachetée par Galilé en mars 2013 – est l’un des grands spécialistes en installations robotisées. « Avant cela, en 2009, j’avais racheté la société Escofier, basée à Chalon-sur-Saône, qui constituait le dernier fabricant français de machines-outils de formation à froid du métal par roulage », complète l’entrepreneur qui compte également des sociétés œuvrant pour les sous-marins nucléaires ou fabriquant des systèmes de contrôle pour les métros. Fervant défenseur de l’entrepreneuriat, Éric Michoux a lancé, en 2015, l’incubateur virtuel Galilé 360° ainsi qu’un concours pour les jeunes entrepreneurs. Galilé 360° est dédié à l’innovation dans les secteurs de l’industrie, de l’intelligence artificielle et des objets connectés. L’objectif est d’identifier les entrepreneurs de demain et leurs idées innovantes afin de les accompagner tout au long du développement de leur projet. Enfin, notre homme s’implique également au niveau politique. Il est élu maire de sa commune en 2008 et réélu en 2014. Année où il est également élu président délégué à l’Économie de la Communauté d’agglomération de Châlon-sur-Saône. À Épervans, il est notamment à l’origine du « Hameau étoilé », un outil intergénérationnel inédit formé d’une résidence seniors, qui regroupe 11 maisons y accueillant en son cœur le bâtiment « Saveurs et Terroirs », pourvu d’une grande cuisine professionnelle, également centre de formation aux métiers de bouche. Un potager, dont une partie est construite à mi-hauteur, permet à ceux qui ont quelques difficultés pour se baisser, de cultiver eux aussi des fruits et des légumes.

Parcours

1959 Naissance, le 17 juin, à Cambrai, dans le Nord.
1984 Décroche un diplôme d’ingénieur à l’IPSA de Paris.
1989 S’installe avec sa famille en Bourgogne.
1998 Rachète sa première société : Siem Services, à Mâcon.
2003 Création du groupe Galilé.
2008 Premier mandat de maire d'Épervans, en Saône-et-Loire. Réélu en 2014.
2016 Remise du premier prix Galilé pour les créateurs d'entreprise.
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