Calhipso, tout sauf de la poudre de Perlimpimpin

En lançant la plateforme Calhipso, Le Creusot s’engage sur le front de la recherche métallurgique internationale et illustre le renouveau industriel de la BFC.

C’est au château de La Verrerie au Creusot, qui vit naître la métallurgie en Europe par la première coulée de fonte en coke (1785), que la nouvelle plateforme Calhipso a officiellement été lancée le 13 avril dernier. Son rôle ? Défendre, promouvoir et développer la recherche autour de la Compression isostatique à chaud (CIC), un procédé de fabrication à base de poudre fine qui permet d’éviter la porosité des matériaux et leur confère des propriétés inégalées en matière de précision et de durée. Conçue en partenariat avec l’université de Bourgogne et des partenaires privés, Calhipso entend servir de levier de développement international à une compétence locale qui réunit les acteurs et les savoir-faire de ce nouveau process de fabrication.

Pour David Marti, maire du Creusot et président de la communauté urbaine : « En mettant à disposition une parcelle de 2.000 mètres carrés pour accueillir l’entreprise, sur le site Magenta, Le Creusot continue de “mettre le feu aux poudres” ». Un clin d’œil de l’élu à la société Evamet (ex Carbex) fabricant de pièce au carbure ou à la conception de pièces de calibre plus important assurée par la forge ou la fonderie.

Si David Marti est un maire heureux, c’est parce que le projet Calhipso devait d’abord voir le jour en Lorraine : « Plutôt que de se faire la guerre, on a cherché à être complémentaires et Le Creusot restera le cœur de la recherche et spécialisé dans les petites productions ».

Pour Frédéric Debleds, directeur général d’Ecosphere, l’agence char gée du montage et de la recherche de financements, en misant sur l’innovation, Le Creusot s’engage sur la voie de l’excellence industrielle : « La plateforme permettra aux entreprises prêtes à se convertir, de produire des pièces d’une grande précision et d’une extrême complexité proche du zéro défaut, ce que les autres technologies des alliages, comme la cire perdue, n’autorisent pas ». Une précision par exemple nécessaire dans l’industrie du nucléaire.

UNE NOUVELLE FILIÈRE DU PUPITRE AU LABO

Il faut désormais attendre 2023 pour prendre possession sur le site Magenta du bâtiment de 500 mètres carrés, édifié par la Société d’économie mixte pour la coopération industrielle pour un montant de 1,6 million d’euros, et situé au cœur des entreprises spécialisées et associées au projet. Un bâtiment qui sera désormais la plateforme nationale de recherche mutualisée dédiée au CIC. Une expertise, certes mais dont les experts seront formés par l’université de Bourgogne, instigatrice du projet et qui exploitera la plateforme, installera la presse financée à hauteur de trois millions d’euros par l’Agence française de finance- ment de la recherche, et la région Bourgogne Franche-Comté, et formera les nouveaux ingénieurs en immersion totale sur le site. À terme, l’uB développera des nouveaux masters et modules de formation ad-hoc. Et Frédéric Bernard, professeur de physique-chimie et coordinateur du dossier est catégorique : « Ce sera bien sur Le Creusot que seront basés les laboratoires universitaires, associés au développement du CIC, et les équipes de productions capables de faire vivre le futur équipement en associant les acteurs privés du bassin ».

Si Jean-Claude Lagrange, vice-président du Conseil régional, chargé de l’Économie parle de victoire collective, c’est parce que l’engagement du Creusot dans le développement des technologies de pointe permettra de projeter l’ensemble des recherches auprès de toute la filière métallurgique, tels, le pôle nucléaire et Mecateamcluster, qui pourront désormais s’appuyer sur le résultat des recherches du site technique.

LE CREUSOT, CONCURRENT INTERNATIONAL

Si Calhipso ne fera pas (encore) renouer Le Creusot avec l’abondance industrielle passée, la plateforme permet néanmoins de doter le site d’un domaine d’excellence jusque-là réservé au Japon, à la Suède, à l’Allemagne, au Royaume-Uni ou aux USA. Et en labellisant la Bourgogne Franche-Comté parmi les territoires d’innovation, et en privilégiant les écosystèmes publics-privés au service de la CIC, L’État ne s’est pas trompé : la région BFC sera l’un des moteurs du redéveloppement industriel de la France.

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