BPBFC invente la box PGE pour faire face au “mur de la dette”

Bruno Duchesne, directeur général de la BPBFC.

Ce n’est pas la première fois que la Banque Populaire Bourgogne Franche-Comté innove au service de ses clients. Aujourd’hui, elle lance la Box PGE, une boîte à outil individualisée pour aider les conseillers à accompagner les entreprises clientes dans leur sortie de la crise, notamment sur la question du remboursement du PGE, qui risque de constituer un véritable mur de la dette pour certaines d’entre elles, hypothéquant ainsi leur chance de se relever.

«Fin 2019, nous avions soldé la crise de 2008 et nous commençions à engager la France dans le désendettement, argue Bruno Duchesne, directeur général de la Banque Populaire Bourgogne Franche-Comté (BPBFC). La crise sanitaire de la Covid-19 a fait chuter la croissance mondiale de 10 points en moyenne, cela correspond à une perte de richesse produite de 220 milliards d’euros ». Le rattrapage de l’activité, qui s’est déjà amorcé, demeure insuffisant pour retrouver les chiffres de la tendance prévue, laissant apparaître sur la durée un écart entre l’attendu et le réel d’environ 3 à 4 % de la richesse produite dans le monde. « Une valeur qui correspond à la totalité de la richesse de la France, précise Bruno Duchesne. Autrement dit, cette crise, c’était un peu comme si nous avions effacé la France des calculs sur l’économie mondiale ». Autre signal d’alarme, un fort recul de la croissance potentielle qui conduit à une baisse de l’investissement des entreprises, malgré la hausse de l’endettement dûe aux aides des États. Quant aux déficits publics : ils s’envolent. Ils représentent 12 %, en moyenne, du PIB des pays de l’OCDE (États-Unis, Royaume-Unis, Zone euro et Japon). En France cela représente 200 milliards d’euros de déficit (soit un endettement égal à 120 % du PIB). « Si l’on devait rembourser cette dette dans des conditions normales, cela reviendrait à prendre des décisions drastriques comme une TVA qui passerait à 30 % ou une augmentation de l’impôt sur le revenu de l’ordre de 60 à 70 % ». Cet endettement massif des États est rendu possible par la création d’une masse monétaire importante par les banques centrales. « Les interventions massives des États et des banques centrales sont historiques, sans commune mesure avec la crise de 2008. Aujourd’hui en dessous de 100 milliards, il n’est plus question de discuter le moindre plan. À titre d’exemple l’aide du gouvernement américain s’élève à 900 milliards de dollars. Quant aux rachats de dettes par la BCE, il s’élève à 150 milliards d’euros par mois. Conclusion : les taux bas sont éternels ! », affirme Bruno Duchesne. Une situation inédite qui a pour conséquences induites : la poursuite de la hausse des investissements dans l’immobilier, le maintien des marchés actions à un niveau élevé, corrélée à une volatilité forte, des stratégies d’épargne plus complexes pour les banquiers comme pour les épargnants (l’épargne sans risque comme les fonds en euro n’étant plus rémunérés), ainsi que des niveaux d’endettement des entreprises plus élevés, rendant obligatoire un reprofilage de leur dette. En Bourgogne Franche-Comté un milliard d’euro d’accompagnement ont été accordés par la BPBFC aux entreprises. Cela correspond pour 800 millions d’euros à la souscription de Prêts garantis par l’État (PGE) (soit environ un quart des PGE souscris en BFC par un tiers des entreprises du territoires) et 200 millions d’euros à des reports d’échéances. « Nous avons constaté que ces PGE avaient été contractés par des entreprises qui en avaient vraiment besoin (pas d’effet d’aubaine) dans les secteurs d’activités les plus durement touchés et que celles-ci s’étaient montrées prudentes en ne demandant en moyenne que l’équivalent de six semaines de chiffre d’affaires alors même que la loi leur permettait un montant maximum de trois mois ». Alors que le remboursement des premiers PGE devraient débuter en mars, un an après l’octroi des premiers prêts, puis être, au choix, soldé en une fois ou étaler sur cinq ans au maximum, pour un coût de 0,25 % à 0,50 %, selon les cas., le gouvernement a annoncé, la semaine dernière, un différé d’un an supplémentaire pour ne pas fragiliser davantage les entreprises en difficulté. Ces sociétés qui auront du mal à rembourser leur PGE, la BPBFC les évalue à 3.000 sur notre territoire (soit 15 % des entreprises régionales qui ont contracté un PGE) « et sur ces dernières, ce sont environ 5 % pour lesquelles il faudra faire preuve de beaucoup de créativité pour leur éviter la faillite, précise Bruno Duchesne. Pour faire face à cet enjeu de maintien du développement économique régional, nous avons du sortir du cadre des outils généralistes, d’aller dans le sur-mesure et nous inscrire plus que jamais comme partenaire de nos clients au travers du partage de la difficulté ». 

UNE BOX AU SECOURS DES ENTREPRISES 

La solution : la création d’une box PGE qui permet la mise en place une approche spécifique à même de s’adapter à toutes les situations. Concrètement, il s’agit d’une boite à outils digitale pour aider les conseillers à accompagner les entreprises clientes de la BPBFC dans la phase 2 du PGE : le remboursement après 12 mois et plus généralement la sortie de crise. L’outil propose un diagnostic en temps réel de l’entreprise et permet d’anticiper de manière dynamique l’avenir (projection sur sept à huit ans) en offrant une approche globale des solutions possibles. Il pose les questions de l’impact de la crise sur l’activité de la société, mais aussi des conséquences possibles sur le marché, le métier, les clients et les fournisseurs de l’entreprise. C’est un outil de simulation du reprofilage de la dette, de la capacité d’autofinancement en sortie de crise. Par son approche globale de la dette sur le long terme la box PGE permet d’anticiper. En permettant au conseiller de décider, dans un cadre prédéfini, du reprofilge de la dette – alors qu’avant cela passait obligatoirement par la direction des engagements – le client dispose d’une réponse immédiate qui le rassure. « La crise nous a amené à porter un regard différent sur notre métier, à voir au-delà des chiffres pour faire davantage confiance au profil du client. Avec la Box BGE nous avons pour objectif de limiter au maximum les fermetures d’entreprises sur notre territoire », défend Bruno Duchesne, tout en précisant que la Box BGE, cet outil made in Bourgogne Franche-Comté, a vocation à être diffusé au niveau national à l’ensemble du groupe Banque Populaire.

Le graphique ci-dessus permet de constater que rattrapage de l’activité, qui s’est déjà amorcé, demeure insuffisant pour retrouver les chiffres de la tendance prévue.

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