Annabelle BrunBien dans ses Pénates

Annabelle Brun

Annabelle Brun, dans son salon, où (presque) tout peut être acheté.

Celle qui a inventé avec son compagnon antiquaire, le concept des appartements boutiques avec « Les Pénates », cumule plusieurs casquettes, de décoratrice d’intérieur à celle de directrice artistique. Portrait de cette pétillante Rémoise d’adoption.

Dès que l’on entre chez Annabelle Brun, c’est une immense lumière qui vient caresser les meubles et objets chinés, savamment disposés dans la pièce de vie des « Pénates », maison et chambre d’hôtes où la plupart du mobilier est à vendre. Au départ, rien ne disposait cette fille d’ingénieurs à embrasser le métier de décoratrice d’intérieur et directrice artistique. « J’ai fait une école de commerce, l’INSEEC à Bordeaux, ville dont je suis originaire. Poursuivre le chemin tracé par ma famille, j’ai ensuite travaillé durant quelques années comme responsable de la promotion chez un courtier en assurance. » Mais si ses journées sont rythmées par une intense activité professionnelle, ses feuilles et ses crayons ne sont jamais loin. Noircir des carnets de dessins de toutes sortes est sa manière à elle de décompresser. Ça et modeler des pots en mosaïques. « Il fallait que je garde ce côté manuel. J’ai toujours besoin d’être en contact avec la matière brute», confie celle qui après être allée poser ses valises au Gabon, est nommée à Reims pour créer le service marketing et développement à la Régie publicitaire du journal l’Union.

Ce poste, elle l’occupera pendant sept années, jusqu’à monter avec le père de ses deux filles, une agence de communication. « Outre le travail de communication, j’étais passionnée par ce que faisaient les graphistes. J’ai alors développé toute la partie de direction artistique. Ce que j’aime dans ce métier, c’est que l’on part d’une page blanche et qu’ensuite tout reste à créer.» Et si pour les écrivains, le syndrome de la page blanche est synonyme d’angoisse, pour Annabelle Brun c’est au contraire une source d’inspiration, une grande excitation qui précède le moment où tout va commencer. « C’est comme un grand terrain de jeu, avec des possibilités infinies. »

De directrice artistique, la pétillante Rémoise d’adoption glisse vers le métier de décoratrice d’intérieur. « Le rêve de ma vie aurait été d’être architecte, mais aujourd’hui, je fais ce qui s’en rapproche le plus », concède-t-elle. Véritable autodidacte en la matière, elle n’a pas peur de mettre la main à la pâte. Bien au contraire, le gros œuvre c’est son truc. « Quand je m’occupe d’un projet et que les travaux sont finis, on me dit souvent : ‘‘Ça y est c’est la meilleure partie qui commence’’. Mais en réalité, si la décoration j’aime énormément cela, ce que je préfère, c’est le moment où je me projette, où j’élabore les plans et où les lieux prennent vie. »

REFUSER LES STÉRÉOTYPES

Car pour Annabelle Brun, un intérieur, une maison, c’est avant tout une rencontre entre l’histoire, l’identité d’un lieu et les personnes qui y habitent. Pas question alors d’imaginer un intérieur standardisé. « Je n’aime pas les stéréotypes, tout ce qui va se ressembler et au final, perdre en incarnation. Les maisons évoluent avec nous : on commence à les habiter avec un état d’esprit, une situation familiale et d’années en années, les choses changent. Le changement doit aussi être vu comme quelque chose de positif ! » Heureusement qu’Annabelle Brun pense de cette manière, car elle explique avec un grand naturel que le fauteuil où l’on effectue l’interview n’était pas là la veille, ni même la table basse et que dans cette maison où tout ou presque est à acheter, les meubles changent plus vite qu’il ne faut de temps pour s’en rendre compte.

Et l’anecdote qui illustre le plus le concept des Pénates, qu’elle gère avec son compagnon Brice, antiquaire de son état, elle la raconte non sans humour : « Un soir où j’étais avec des amies, j’ai finalement vendu le canapé du salon, dont j’avais beaucoup de mal à me séparer. En rentrant à la maison, je dis à mon compagnon combien je suis désolée d’avoir vendu le canapé car on ne va plus avoir d’endroit où se poser. Et lui venait tout juste de vendre les deux fauteuils et la table ! En une soirée, on s’est retrouvé avec un salon complètement vide ! » Ce succès d’appartement boutique, ils le doivent en très grande partie aux réseaux sociaux, et notamment à Instagram. « C’est difficile de se rendre compte de l’impact que l’on a derrière son téléphone », livre Annabelle Brun. « Aujourd’hui, on a 17 000 followers. Grâce à Instagram, je développe des projets ailleurs en France et même en Europe », se surprend encore celle qui avoue « ne pas toujours avoir confiance » en elle. Son leitmotiv, c’est de se différencier. « J’incite vraiment les gens à arrêter de copier. Par exemple, la mode est à la verrière d’intérieur, entre le salon et la cuisine. Pourquoi pas. Mais plutôt que d’enprendre une noire avec des vitres verticales, je conseille d’aller dans des brocantes récupérer une vieille verrière, qui a une histoire et qui en plus apportera du cachet. » Et comme la décoratrice d’intérieur n’est jamais loin de la directrice artistique, elle file la métaphore : « Une verrière, c’est comme un logo. Si on veut que cela nous ressemble, il faut lui apporter cette différence qui fera le supplément d’âme et nous incarnera. »

Toujours à la recherche de nouveaux terrains de jeu, Annabelle Brun pense à la prochaine maison dans laquelle elle posera « ses pénates ». Si le concept, déjà copié, va être déposé, de Reims à Bordeaux, les siennes seront toujours là où se trouve sa famille. « C’est ça les Pénates, le foyer, être bien chez soi ou se sentir comme chez soi.»

Parcours

28 mars 1971 Naissance à Bordeaux (33).
1992-1993 Elle étudie à l'école de commerce de Bordeaux, l'INSEEC.
1994-1996 Responsable promotion dans un cabinet de courtier en assurances.
1997-2004 Responsable Marketing & Développement à la Régie publicitaire du journal l'Union.
2005-2017 Directrice artistique au sein de l'agence de communication Tercom.
Janvier 2018 Début des travaux des Pénates à Reims pour une ouverture confidentielle à la location un an plus tard.
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