Au cœur de la fabrication des muselets made in France

Première structure au monde à développer une machine automatique de fabrication de muselets dans les années 60, l’entreprise Valentin a été reprise par le groupe Sparflex en 1998. Elle est aujourd’hui la seule entreprise à fabriquer des muselets made in France.
« Chaque producteur de muselets est avant tout un concepteur de machines, ce qui en fait un milieu très fermé avec seulement une dizaine de producteurs dans le monde », explique Richard Brion, responsable du site Muselet Valentin Sparflex de Oiry, près d’Epernay (Marne).

Depuis 1992, l’entreprise est d’ailleurs labellisée Entreprise du Patrimoine Vivant, un gage de qualité et d’excellence et surtout source de fierté pour la cinquantaine de personnes qui travaille chaque jour à la conception de plus d’1,5 million de pièces.

Pour être labellisée EPV, une entreprise doit disposer d’un savoir-faire historique, avoir une activité économique ancrée sur le territoire, disposer d’un fort savoir-faire et assurer la transmission de ce savoir. Quatre conditions réunies par le Muselet Valentin. « Nous sommes en pleine phase de transmission avec le départ en retraite de plusieurs employés qui ont pour certains fait toute leur carrière ici », assure Richard Brion.

D’aspect très basique, ce fil de fer tortillé est souvent ignoré par les consommateurs de champagne, qui lui concèdent une durée de vie très limitée. Une fois la bouteille ouverte, on le retrouve malmené, tordu, ou au mieux transformé en petit bonhomme, contrairement à la plaque de muselet qui passionne les collectionneurs. Et pourtant, il est le fruit d’un savoir-faire unique, nécessitant entre 13 et 15 étapes de fabrication différentes. Surtout, il est l’élément indispensable pour empêcher le bouchon de sauter de manière intempestive. Quant à la plaque, elle sert à répartir la pression (entre 6 et 7 bars pour une bouteille de champagne) entre la cage du muselet et le bouchon.
Le calage de certaines machines pour le changement de produits pour un nouveau client peut demander plusieurs semaines de travail pour un mécanicien expérimenté comme Fabrice, qui compte 39 ans de maison.
Les ateliers sont soumis à des règles de sécurité et de confidentialité draconiennes. « Tous nos collaborateurs signent une charte de confidentialité. C’est un gage de confiance pour nos clients », assure le responsable du site qui a mis en place des éléments de sécurisation pour assurer l’inviolabilité des palettes depuis l’intérieur de l’atelier de production jusqu’à la livraison chez le client.
350 millions de muselets sont produits chaque année sur le site de Oiry, près d’Epernay.
Le Muselet Valentin compte 20 000 dossiers de travail et réalise 350 millions de produits par an. « Notre objectif c’est d’augmenter de 40% nos capacités de production dans les deux années à venir pour atteindre les 400 millions de produits », rappelle Richard Brion, le directeur du site de Oiry.
Pour un muselet standard, trois bobines de fil d’acier galvanisé de 0,95 mm de diamètre sont nécessaires : deux servent à faire la cage en étoile et un pour réaliser la ceinture, plus épaisse (1 mm). L’étoile est obtenue après tortillage horizontal et vertical du fil. La résistance au tortillage est un élément suivi de près par les techniciens, car il est un paramètre essentiel de la qualité et de sécurité pour le client et le consommateur. Une fois formée, l’étoile reçoit le préformage de ses pattes. « Il s’agit d’une opération critique car très minutieuse, indique Richard Brion. On est presque dans de l’horlogerie ». Puis l’étoile est mise en forme dans un cône et reçoit sa ceinture. Enfin, on vient positionner la plaque de muselet dans l’ensemble. Celle- ci est composée d’une tôle d’acier de 0,2 mm d’épaisseur obtenue grâce à un procédé proche de l’étamage. « Grâce à l’impression offset, la tampographie et le numérique les possibilités de couleurs, de textures, en recto-verso, mat ou brillant sont quasiment infinies ».
Une cinquantaine de personnes travaille sur les sites de Oiry et de Dizy à la fabrication, au conditionnement et au contrôle des muselets.
Le parc machine de Valentin compte encore 65% de machines mécaniques Type E. « Nous avons encore une trentaine de ces machines en fonctionnement », souligne Richard Brion. Des machines créées dans les années 60 mais à la fiabilité et à la précision redoutables, huilées à l’huile alimentaire.
Devenue un support de communication important pour les champenois, la plaque de muselet est aussi un élément fondamental de la fabrication. Ils sont conçus sur des bandes d’acier. « Grâce à notre atelier, nous accompagnons nos clients sur le branding et la communication. Nous mettons en forme la demande du client et nous nous assurons de la faisabilité de l’objet souhaité », souligne Isabelle Gruard, directrice marketing du groupe Sparflex. « Aujourd’hui, l’enjeu de nos clients c’est la prémiumisation et la personnalisation. L’habillage de la bouteille dans son ensemble doit refléter leur travail et la qualité de leur vin ». Dans ce cadre, l’entreprise propose aussi, chaque année depuis 8 ans une collection liée à l’art, disponible en pré-commande. Cette année, la série Art Collection No 8 est intitulée Memphis Milano, créée à partir de couleurs pop et de formes géométriques en hommage aux années 80. De la même manière, les équipes du Muselet Valentin ont conçu une collection de muselets dédiée uniquement aux brasseurs et proposent une série de 6 muselets inspirés par l’univers de la bière.
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