Après les intempéries, le golf de Reims regarde devant

Un des chênes centenaires déracinés n’a pu être ni broyé ni transporté. Il sera transformé en hôtel à insectes comme refuge de biodiversité.

Le Golf de Reims a été le théâtre de nombreux ravages et destructions dus à la tempête qui a touché la région, le 19 juin dernier. Deux mois après, l’établissement se relève et s’apprête à accueillir une compétition réunissant plus de 600 golfeurs sur quatre jours.

«Un spectacle de désolation. D’apocalypse. » C’est par ces mots, encore marquée par la soirée du 19 juin dernier, que Lauren Daemers, la directrice du Golf de Reims se remémore les intempéries qui ont durement touché la structure. « Quand je suis arrivée sur place, il y avait d’innombrables arbres couchés, vrillés, des branchages jonchaient le sol partout, la barrière du pont qui permet d’accéder au château avait été arrachée par la force du vent… Ça a été très difficile à constater. » Néanmoins, malgré les terribles dommage, la directrice du golf reconnaît « avoir eu de la chance que les événements se déroulent en fin de soirée et non pas en pleine journée. On a évité des blessés et peut-être même des morts », observe-t-elle. La tempête, rapide et brutale, a au départ des premières estimations, détruit plus de 350 arbres. « La plupart de nos arbres sont inscrits et classés car beaucoup sont centenaires. » À l’image de l’unique Ginkgo foudroyé, et dont le choix a été fait de le conserver en raison de sa spécificité. Idem pour un chêne centenaire dont le tronc couché servira à réaliser un abri à insectes. Car il a fallu composer avec la typologie et l’âge des espèces. « Le chêne était trop gros pour passer à la broyeuse et il ne pouvait pas non plus être tracté jusqu’aux portes du golf sans abimer irrémédiablement le green. Nous avons donc décidé de le laisser ici et de le valoriser. »

850 ARBRES TOUCHÉS

Au total, plus de 850 arbres auront été « traités », la moitié étant tombée avec la tempête, l’autre a été abattue (entre 150 et 200) ou très fortement élaguée. Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, Lauren Daemers l’assure : « Les arbres étaient en bonne santé. Cela fait cinq ou six ans que l’on entretient énormément notre parc forestier avec des campagnes d’abattage raisonnée, c’est-à-dire que si l’on décide de faire tomber un arbre, c’est pour un bénéfice, comme laisser la place à d’autres pour s’épanouir. »

Après la tempête, le golf a connu « un élan de générosité », aussi bien de la part de ses adhérents que des autres golfs de la région. « Les golfs voisins nous ont beaucoup soutenu en accueillant nos golfeurs pour qu’ils puissent pratiquer leur sport le temps où nous avons été fermés, grâce à des gratuités ou des réductions », indique la directrice. Car les intempéries sont arrivées au plus mauvais moment dans la saison. Le golf de Reims a en effet été fermé un mois pour reprendre progressivement les ouvertures de parcours. Tout d’abord un mini parcours de quatre trous était accessible, puis 6, puis 9 pour rouvrir en totalité les 18 trous le 29 juillet dernier. « On a régulièrement redessiné le parcours au gré de l’avancement des travaux. Je me posais tous les trois jours devant mon plan pour refaire le parcours », explique celle qui est à la tête du golf de Reims depuis juillet 2016. Respecter la délimitation des zones de passage et les contraintes techniques du golf a en outre fait partie des critères pour choisir l’entreprise partenaire de tous les travaux d’abattage, tronçonnage et déblayage. C’est la société nordiste DEE, spécialisée dans les travaux forestiers qui a emporté le marché.

Les adhérents du golf ont aussi beaucoup contribué à la remise en état des lieux. « Par jour, plus de 60 bénévoles étaient là pour nettoyer et déblayer ce qui pouvait l’être à mains nues. » En effet, les espaces de jeu devaient être rapidement dégagés à cause du pourrissement des surfaces et pelouses.

« Si cela n’avait pas été fait, ce n’était pas un mois mais trois que nous aurions fermé. » Aujourd’hui, le parcours a un tout autre aspect, avec des trouées au vent qui n’existaient pas et de nouvelles perspectives. « La nature va, petit à petit reprendre ses droits. Le trou numéro 9 par exemple est méconnaissable car nous y avons perdu plus de 40% des arbres. » Toutefois, sur les 850 arbres touchés, tous ne seront pas replantés et ceux qui le seront, feront partie d’espèces locales. « On ne viendra pas planter des palmiers sur le golf de Reims », tranche de suite Lauren Daemers. « Ce qui fait la spécificité de ce golf, c’est qu’il a été créé il y a 93 ans dans un parc forestier, et ces arbres sont des espèces locales : chêne, frêne, érable, platane, pommier, cerisier, châtaignier… C’est aussi cette biodiversité ancrée dans son milieu que nous souhaitons préserver. » Au total, le coût estimé des travaux forestiers plus des dommages matériels s’élève à 150 000 euros.

Outre la tempête, le Covid est aussi venu impacter l’activité du golf. Étant considéré comme un ERP de plein air, il est soumis au pass sanitaire dès l’entrée des grilles du golf et pas seulement dans la partie restauration ou salle de séminaire. Pour l’instant, il est compliqué d’en tirer des conclusions sur l’impact de la fréquentation, dans la mesure où, traditionnellement, au mois d’août, le golf est moins fréquenté. En attendant, quelques aménagements et investissements ont été faits en collaboration avec le restaurant : le mobilier et le bar ont été changés, dans un esprit plus « cosy ». « Avec le restaurant, nous sommes deux entités différentes mais nous fonctionnons main dans la main. »

UNE PRÉOCCUPATION ENVIRONNEMENTALE

Depuis cinq ans, le golf a effectué un certain nombre d’investissements, l’année 2022 sera ainsi notamment consacrée à la replantation d’arbres. « Les golfs n’ont pas toujours une image très écologique, pourtant nous portons une grande attention à la biodiversité et à l’environnement », souligne Lauren Daemers, précisant néanmoins avoir des « impératifs » comme le forage d’eau pour alimenter l’arrosage. « Nous avons investi ces dernières années sur du matériel de pointe avec des cartes électroniques permettant de mesurer la quantité d’eau nécessaire pour l’arrosage et nous essayons, en concertation avec la Fédération française de golf, d’obtenir un label environnemental qui met en avant la variété des espèces qui peuvent vivre sur le golf. » L’investissement pour un arrosage maitrisé a couté 60 000 euros. Le développement durable est aussi appliqué dans la gestion des chenilles processionnaires, très présentes sur le golf selon les années. « Ce sont des espèces qui vivent sur les chênes, et ces arbres, nous en avons un certain nombre ! Si la chenille se transforme en papillon, leurs poils en revanche, restent deux à trois ans dans l’air. On lutte avec des procédés naturels, en installant des nichoirs à mésanges, leur plus grand prédateur naturel, qui peuvent manger jusqu’à 500 chenilles quotidiennement et des abris à chauve-souris qui eux, sont friands des papillons. » 80 nichoirs ont ainsi été installés.

Dans les années à venir, la structure va aussi se concentrer sur sa « golf academy ». « Aujourd’hui, nous dispensons des enseignements à environ 70 enfants, l’objectif est d’atteindre 80-90 enfants maximum. Notre formation va de 3 à 18 ans, avec une initiation pour les baby-golfeurs. Nous en avons une vingtaine. Dans ce cadre, nous proposons également des baptêmes de golf, d’1h30 pour 15€, encadrés par un professionnel. » Grâce à cette politique dynamique, le golf compte aujourd’hui 450 adhérents, là où il y a trois ans, ils étaient 380. Preuve de cette énergie, deux mois après avoir été à terre, le golf de Reims accueillera cette semaine 600 golfeurs sur 4 jours pour le Drive en Champagne.

Sous la force du vent, la barrière de métal a été arrachée. Tous les abords étaient jonchés de branches et d’arbres tombés.

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