Activité, emploi, énergie… Quel visage de la crise en région ?

Nombre hebdomadaire de transactions par carte bancaire par rapport à l’année précédente.

Les mesures mises en place en France et plus généralement dans le monde pour contenir l’épidémie de Covid-19 ont des conséquences lourdes sur le fonctionnement des différentes économies. La direction régionale de l’Insee Bourgogne Franche-Comté dresse le portrait de cette situation inédite.

L’épidémie de Covid-19 a commencé en Bourgogne Franche-Comté par la détection, mi-février, des premières personnes infectées. Les mesures de confinement mises en place par le gouvernement le 17 mars pour atténuer le pic épidémique ont touché les 2,8 millions d’habitants de la région, les 3.340 établissements scolaires qui ont fermé ainsi que les entreprises, notamment les 154.200 qui appartiennent au secteur marchand non agricole. Au 7 mai, alors que la France est dans sa huitième et dernière semaine de confinement, l’activité économique de la métropole connaît une baisse de 33 % par rapport à une situation normale. La Bourgogne Franche-Comté affichant des valeurs comparables avec 32 % de chute de l’activité. « Les mesures de confinement étant similaires sur le territoire, les disparités régionales sont plutôt limitées. La région la plus impactée est la Corse (- 35%) et la moins touchée est la Bretagne (-31%). Toutefois, il n’y a qu’un écart d’environ quatre points entre ces deux régions », expliquent David Brion et Guillaume Volmers, rapporteurs de cette étude à l’Insee BFC.

DES SECTEURS À L’ACTIVITÉ RÉDUITE DE PLUS DE DEUX TIERS

Au niveau départemental, les disparités sont, là aussi, modérées. La perte d’activité est ainsi estimée à 33 % dans le Territoire de Belfort, le Doubs et la Côte-d’Or. Elle baisse de 32 % en Saône-et-Loire, en Haute-Saône et dans le Jura. Elle est un peu plus limitée dans l’Yonne (-31 %) et la Nièvre (-30 %). Passé ce point géographique, l’étude de l’Insee s’intéresse à l’impact de la crise sanitaire sur les différents secteurs de l’économie. Il ressort qu’en France les services marchands perdent dans l’ensemble 36 % de leur activité et bien davantage dans l’hébergement-restauration, les transports et l’entreposage, le commerce, et les services aux entreprises. « En Bourgogne Franche-Comté, si ces services marchands expliquent pour moitié la baisse de l’activité régionale (16 points en moins sur les 32 de baisse totale), cette part est moindre par rapport au niveau national (-20 points) où ces secteurs sont plus présents que chez nous », rappellent David Brion et Guillaume Vol- mers. Notre région étant très tournée vers l’industrie, celle-ci impacte de sept points la baisse d’activité régionale. Une valeur qui, sans surprise, est supérieure de deux points aux données nationales. Le secteur qui tourne le plus au ralenti, avec 75 % de perte d’activité, est la construction. Il participe de quatre points à la baisse totale d’activité. Enfin, l’agriculture est beaucoup moins touchée et génère seulement 0,5 point de chute au niveau régional.

Avec une perte de plus de deux tiers de leur activité, les secteurs comme la restauration, l’hébergement, le commerce ou la construction sont très fortement impactés. Ces secteurs emploient 24 % des salariés (hors intérimaires) de Bourgogne Franche-Comté, soit 211.100 personnes. Ils font également travailler 40 % des non salariés de la région, soit 48.200 personnes, auxquels s’ajoutent également 31.800 intérimaires. La typologie de ces entreprises très fortement touchées se com- pose à 40 % d’établissements de moins de 10 salariés, alors que 34 % de ces sociétés accueillent entre 10 à 49 salariés, 12 % entre 50 et 249 et 13 % plus de 250.

EMBAUCHES ET CRÉATIONS D’ENTREPRISES EN BERNE

Avec une réduction d’activité estimée de moins des deux tiers, certains secteurs de l’industrie, du transport, de l’entreposage, du courrier… restent fortement impactés. « Ces activités emploient au total 307.600 personnes. Près de 32 % des salariés de la région sont ainsi concernés et 24 % des non salariés. Les salariés de ces secteurs sont environ 35 % à être employés par un établissement d’au moins 250 salariés ».

L’étude indique, par ailleurs, qu’en mars, la Bourgogne Franche-Comté enregistrait 1.214 créations d’entreprises toutes catégories confondues, soit une baisse de 31 % par rapport au mois précédent et de 36 % par rapport à mars 2019. « Elles ont particulièrement décru dans le Doubs et l’Yonne, de respectivement 40 et 42 %, par rapport à l’an passé. En Saône-et-Loire et dans le Jura, la baisse est moins prononcée même si elle reste marquée (-26 et -30 %) ».

Par secteurs d’activités, sur l’ensemble de la région, c’est dans le commerce que la chute est la plus marquée (-46 %). Viennent ensuite les services (-40%). La baisse est plus limitée dans l’industrie (-17 %). Côté emploi, au niveau national, les déclarations d’embauche hors intérim de plus d’un mois enregistrent en mars une baisse historique affectant significativement le bilan du trimestre. En Bourgogne Franche-Comté, ces dernières sont ainsi en diminution de 3,5 % au premier trimestre contre 5,8 % dans l’hexagone.

LA CONSOMMATION DES MÉNAGES EN REPLI

Comme dans toutes les régions de France métropolitaine, un fort recul des transactions par carte bancaire s’est produit en Bourgogne Franche-Comté lors de la mise en place du confinement le 17 mars. L’Insee indique qu’il fut d’environ 40 % inférieur à l’an passé dans la semaine du 16 mars, qui n’est pas une semaine complète de confinement. Les deux semaines suivantes, il fut inférieur à la normale de respectivement 60 % et 55 %. Les analystes de l’Insee montrent également que la situation diffère selon les départements. C’est ainsi en Côte-d’Or que l’on enregistre la plus forte baisse (-66 % la semaine suivant la mise en place du confinement par rapport à la semaine précédente). « Cela peut s’expliquer par le fait qu’habituellement, l’agglomération dijonnaise est le territoire régional qui attire, en semaine, le plus d’actifs venant y travailler. Ces derniers y effectuent également des achats. Elle draine aussi des consommateurs des départements alentours qui viennent le week-end dans ses grands centres commerciaux. Autant d’échanges suspendus pendant le confinement. Il faut aussi ajouter les étudiants, nombreux sur Dijon, qui sont partis se confiner dans leurs familles et qui n’habitent pas forcément dans le département. De plus, c’est aussi en Côte-d’Or que le tourisme d’affaires et de loisirs est le plus important de la région, un secteur à l’arrêt avec l’instauration des mesures gouvernementales ». Sur la même période, la baisse des transactions dans les autres départements est également marquée mais un peu plus modérée. Elle affiche de -59 à -57 %, dans le Doubs, le Territoire de Belfort, la Saône-et-Loire et le Jura, et autour de -51 à -48 %, dans l’Yonne, la Nièvre et la Haute-Saône.

TRAFIC ROUTIER ET CONSOMMATION D’ÉNERGIE EN CHUTE

Plus inattendu, le point de conjoncture de l’Insee pose que le confinement a entraîné une chute de la consommation journalière totale d’électricité. Ainsi, sur l’ensemble de la région, celle-ci est en baisse de 22 % durant les trois premières semaines du confinement par rapport aux deux semaines qui ont précédé. L’analyse permet d’imputer ce ralentissement à la chute de la consommation des entreprises, celle des ménages aurait plutôt augmenté avec le confinement et le télétravail mais aurait également baissé avec les températures plus clémentes observées à la fin mars et au début avril.

Le confinement a entraîné une forte réduction des déplacements de la population et une baisse du transport de marchandises. La congestion routière a ainsi été en moyenne divisée par 3,2 à Dijon le mardi 14 avril à 17 heures par rapport à la moyenne observée à 17 heures sur toute l’année 2019. Point positif pour la planète, la forte baisse du trafic et le fonctionnement ralenti de l’industrie s’accompagnent d’une amélioration de la qualité de l’air. La concentration en polluants a par exemple chuté en mars de 69 % à Dijon pour les niveaux d’oxyde d’azote.

Nombre de créations hebdomadaires d’entreprises (toutes catégories confondues) en Bourgogne-Franche-Comté.

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