André PlanchenaultÀ la recherche de la clé des jeunes

André Planchenault constate avec satisfaction que les effectifs des Maison familiales rurales (MFR) sont cette année en augmentation, de l’ordre de 1,5 %. En Bourgogne Franche-Comté, le réseau des MFR accueille 3 100 élèves à statut scolaire, auxquels s’ajoutent 620 apprentis. (Photo : Journal du Palais)

Responsable de neuf Maisons familiales rurales (MFR) sur l’ouest de la Bourgogne Franche-Comté, il nourrit de grands espoirs quant à la réforme de la formation professionnelle. Il y voit le moyen de redécouvrir le potentiel de ces structures de formation, notamment dans leur capacité à répondre aux besoins spécifiques des régions rurales et de leur jeunesse.

«Dire que les jeunes ne sont bons à rien ou ne veulent pas travailler, c’est faux ! En revanche, il faut trouver la clé pour les motiver, et cela ne peut se faire qu’en synergie avec le monde de l’entreprise…» Cette conviction, André Planchenault l’a, chevillée au corps. Elle oriente aujourd’hui grandement son activité de directeur de la zone ouest de la fédération des Maisons familiales rurales (MFR) de Bourgogne Franche-Comté (qui comprend une partie de la Côte-d’Or, l’Yonne et le nord de la Saône-et-Loire. Neuf MFR la composent, avec 980 scolaires et 200 apprentis). S’il croit tant dans la vertu du rapprochement entre le monde de l’école et celui des entreprises, c’est peut-être parce qu’il en est lui-même un « enfant ». Son implication dans le réseau des MFR date de très longtemps. André Planchenault fut élève dans une de ces structures. « Mon parcours est atypique, dit-il, puisque je me suis formé uniquement en formation professionnelle continue. Je voulais prendre la suite de mes parents qui étaient agriculteurs, mais le lycée agricole n’a pas voulu de moi et je me suis retrouvé en MFR, à l’époque en Mayenne, ma région de naissance». Après un BEP effectué en deux ans, il devient aide familial chez ses parents et c’est un formateur de MFR qui l’a convaincu qu’avec ses compétences, il pouvait aller plus loin. Il reprend alors une formation sous la forme de l’équivalent d’un bac professionnel effectué en un an.

ENVIE DE TRANSMETTRE LE SAVOIR

Au terme de ce parcours, il travaille pendant six mois dans le commerce. Il participe au montage d’un réseau concernant tout le grand ouest de la France, consacré à la vente de produits bio pour conservateur d’ensilage. Des problèmes de santé l’obligent néanmoins à changer de voie. Un ami le sollicite alors pour assurer un remplacement de formateur au sein d’une MFR. Celui-ci dure deux semaines mais André Planchenault se sent bien dans ce rôle de transmetteur de savoir. Finalement, l’année suivante il est cette fois directement recruté comme formateur dans cet établissement du nord du département de la Mayenne. Il y passe quatre années mais, au terme, il éprouve le besoin de renforcer son niveau de formation. Ce qu’il fait en préparant un BTS sur un an, toujours dans le réseau des MFR. En parallèle, notre homme s’était aussi investi dans des associations humanitaires ce qui attire l’attention du siège parisien du réseau des MFR. En 1987, on lui propose une mission en Afrique, au Tchad. Il accepte et passe six années là-bas. « Le gouvernement tchadien, explique-t-il, avait demandé à la France de remettre en place un réseau de centres de formation agricole. Tout était à faire : reconstruire des bâtiments, trouver des formateurs… Une expérience très compliquée mais passionnante ! On formait surtout des adultes qui étaient producteurs de coton et, sur la fin, j’ai élargi les possibilités en formant également des jeunes ». Au bout de six ans passés en Afrique, le retour en France en 1993 s’avère plus complexe qu’il ne l’avait pensé. Il ressent un écart énorme et, à nouveau, décide de reprendre une formation, cette fois-ci dans le but de devenir ingénieur.

C’est à ce moment qu’il découvre la région puisqu’il suit cette formation à Dijon. En 1996, nouvel appel du pied du réseau des MFR qui lui propose cette fois-ci un poste de directeur de fédération dans le Rhône. Après dix ans à occuper cette fonction, lui qui a toujours considéré que la mobilité était un atout, souhaite à nouveau changer d’horizon. Direction la fédération de la Touraine, en Indre-et-Loire. Il y reste 12 ans, le temps de mettre en place l’apprentissage et la formation continue. À chacune de ces étapes, André Planchenault a ainsi eu de lourds chantiers à mener. Enfin, en 2017, on lui demande de rebâtir un réseau, mais en Bourgogne cette fois. Une tâche qui intervient dans un contexte de vaste réforme de la formation professionnelle, et cet aspect, les MFR comptent bien capitaliser dessus afin de mettre en avant le potentiel qu’elles représentent. « Nous avons toujours été très proches des milieux professionnels puisque toutes nos formations sont en alternance, précise André Planchenault. Dans le domaine de l’apprentissage, jusqu’à présent, le partenaire privilégié c’était le Conseil régional. Avec la réforme, on va maintenant trouver ces partenaires dans les branches professionnelles, ce qu’on nomme les Opérateurs de compétences (OPCO). Nous nous sommes organisés, au sein des MFR, dans le but de recréer une dynamique de filières. Si l’on prend l’exemple du commerce, avant, quelques MFR avaient des partenariats avec des grandes surfaces, mais c’était au coup par coup… Maintenant, on va pouvoir formaliser ces partenariats : au mois de novembre, j’ai rendez-vous avec la déléguée régionale de l’OPCO Commerce. On pourra ainsi bien mieux connaître les attentes de cette profession. De manière générale, les entreprises ont besoin de salariés opérationnels. Il ne faut pas oublier que nous sommes sur des territoires ruraux et que souvent, des personnes en ville qui cherchent un travail ne veulent pas aller en campagne parce que cela pose des problèmes de mobilité. Les MFR peuvent répondre à des besoins en formation et en recrutement au plus proche des entreprises de ces territoires ruraux ».

Cette dynamique de rapprochement avec les différentes filières va déboucher sur des conventions entre les secteurs professionnels et les MFR, en dépit du flou qui entoure encore une réforme qui doit entrer en vigueur en 2020.

FORCE DE PROXIMITÉ

Les MFR espèrent créer des synergies et ainsi démontrer qu’elles sont une véritable force de proximité adaptée aux besoins en main d’œuvre des secteurs ruraux, et ceci est d’autant plus vrai que la formation en alternance ou par le biais de l’apprentissage permet aux entreprises de repérer très tôt des éléments qu’elles pourront ensuite recruter. Pour illustrer ce lien avec les territoires, André Planchenault cite l’exemple de la MFR de Baigneux-les-Juifs, dans le nord de la Côte-d’Or : « elle a développé un service de portage de repas aux personnes âgées, qui fonctionne toute l’année, elle a ouvert en juin un restaurant alors que les artisans locaux ne trouvaient rien, et ils assurent aussi un service de traiteur, qui comble également un besoin. Plus largement, une MFR peut très bien répondre aux besoins de ces territoires. Nous sommes prêts à nous adapter à cela ! » Plus qu’une école, André Planchenault voit dans les MFR des outils à la disposition de territoires donnés, aptes à participer à leur animation et à leur développement. Une conviction encore renforcée par l’opportunité à saisir que représente la réforme de la formation professionnelle.

Parcours

1960 Naissance le 8 juin à Courbeveille, près de Laval, en Mayenne.
1987 Il part pour une mission de six ans au Tchad.
1994 Première arrivée à Dijon.
1996 Il dirige une fédération de MFR dans le Rhône.
2006 Il part faire de même en Touraine.
2017 Il devient directeur de la zone ouest de la fédération des MFR de Bourgogne Franche-Comté.
2020 Les MFR de la région se mettent en ordre de marche, en adéquation avec la réforme de la formation professionnelle.
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