18000 emplois à pourvoir dans le bâtiment

Frédéric Carré, président de la Fédération française du bâtiment d’Occitanie, Serge Lemaitre, directeur régional de Pôle emploi, et Vincent Perez, président de la Capeb d’Occitanie étaient réunis le 20 janvier à Balma pour signer une convention de partenariat.

Malgré la crise de la Covid-19 qui a fortement perturbé agendas et carnets de commandes, les entreprises du secteur ont d’importants besoins d’embauche. Pour y répondre au mieux, la FFB et la Capeb d’Occitanie ont signé une convention avec Pôle emploi.

Si certains secteurs sont encore durement affectés par la crise de la Covid-19, d’autres ont retrouvé des niveaux d’activité très proches de ceux qu’ils connaissaient auparavant. C’est le cas de la construction. « En témoigne le nombre d’offres d’emploi publiées dans le secteur, détaille Serge Lemaitre, directeur régional pour quelques jours encore de Pôle emploi Occitanie. Comme tous les secteurs d’activité, il s’est effondré au mois de mars dernier et puis nous avons observé, d’abord par l’intérim, puis par des contrats à durée déterminée, puis des CDI, à nouveau une remontée importante des offres d’emploi dans le secteur du bâtiment. On a ainsi dénombré l’an dernier plus de 27 000 offres d’emploi dans ce secteur. Soit une diminution de 20 % par rapport à l’année précédente, tandis qu’elle est de 40 à 45 % dans les autres secteurs. Au mois de janvier, on a également enregistré 2 % d’offres d’emploi supplémentaires par rapport à l’année dernière. »

Poids lourd de l’économie régional – il pèse 15 Mds€ de chiffre d’affaires et emploie près de 90 000 salariés auxquels s’ajoutent un peu moins de 11 000 intérimaires, le secteur de la construction a cependant du mal à recruter. Ainsi sur les 27 000 offres déposées l’an dernier en région, près de 20 000 seulement ont été pourvues, « soit près de 23 % d’offres d’emploi pour lesquelles nous n’avons pas été capables de proposer un demandeur d’emploi pour occuper le poste », reconnaît Serge Lemaitre. Or, alors que la situation économique dans le pays s’est durcie et alors que le nombre de demandeurs d’emploi a augmenté, « les difficultés de recrutement n’ont pas diminué », ajoute-t-il. La situation est d’autant plus incompréhensible pour les professionnels du secteur que les fichiers de Pôle emploi en région comptent plus de 30 000 demandeurs d’emploi dans les métiers du bâtiment.

SITUATION CRITIQUE

Selon Frédéric Carré, président de la Fédération française du Bâtiment (FFB) d’Occitanie, la filière, qui a connu en 2020 « une baisse historique » de 12 % de son chiffre d’affaires en région (contre -15 % à l’échelon national), anticipe une reprise d’activité de +10 % pour 2021, dans le droit fil de la tendance observée sur le plan national. Dans ce contexte, les projets de recrutement dans le secteur sont évalués à 18 000 en région. « Turnover important », « pyramide des âges vieillissante (14 % des salariés ont plus de 55 ans) », « forte diminution du nombre des apprentis (-25 % depuis 2008) » sont autant de facteurs qui expliquent ces tensions sur l’emploi dans le bâtiment. Mais ajoute Frédéric Carré, « nous souffrons aussi d’un manque crucial d’attractivité. C’est dommage, parce que ce sont des métiers d’avenir, novateurs, bien rémunérés (+8 % au-dessus de la grille des autres secteurs) et qui laissent une empreinte sur le territoire. » Ce que Vincent Perez, président de la Capeb d’Occitanie, résume en un mot : « nos métiers sont devenus sexy ! »

Selon les professionnels, ces difficultés de recrutement pèsent sur la pérennité des entreprises. « C’est vital, assure Frédéric Carré. Nos entreprises souffrent de ne pas recruter ». Une inquiétude partagée par Jean-Paul Rousseau, dirigeant d’AdValidem, une entreprise de Cugnaux spécialisée dans la rénovation énergétique. « La situation est plus grave que cela : non seulement le vivier de candidats n’existe pas, mais les formations à nos métiers elles-mêmes n’existent pas dans les nomenclatures. » Le marché pourtant extrêmement porteur est « totalement freiné par nos capacités à recruter ». Ce qui ajoute-t-il « ne serait pas si grave », si le marché n’était pas capté aujourd’hui « par des acteurs qui arrivent avec de la main d’œuvre étrangère qui travaille dans des conditions qui ne respectent pas du tout nos conventions collectives. Ainsi, des milliers de travaux de rénovation énergétique en Occitanie ont été réalisés par de la main d’œuvre qui n’était pas locale, du fait de ces difficultés à recruter. Ce sont autant de chantiers qui échappent à nos entreprises ».

DES SOLUTIONS EN QUATRE TEMPS

Pour faciliter ces recrutements, la FFB, la Capeb d’Occitanie et Pôle emploi ont décidé de renforcer leurs liens. Une convention de partenariat a été signée dans cette optique le 20 janvier au siège de l’établissement public à Balma par le président de la FFB d’Occitanie, le directeur régional de Pôle emploi, et le président de la Capeb d’Occitanie. « L’objectif, détaille Serge Lemaitre, est d’être en capacité de répondre beaucoup plus efficacement et rapidement aux besoins de recrutement des chefs d’entreprise de ce secteur d’activité. »

Pôle emploi entend dans un premier temps – c’est le premier axe de la convention qui en compte quatre – « fiabiliser ses fichiers ». « Parmi les 30 000 demandeurs d’emploi inscrits en région dans les métiers du bâtiment, certains ont connu des difficultés, d’autres n’ont plus les qualifications, d’autres enfin recherchent un emploi dans d’autres secteurs d’activité. Un travail est en cours pour identifier celles et ceux qui sont immédiatement disponibles. Pour ce faire, nous travaillons sur la base des outils élaborés par les branches professionnelles, s’agissant des qualifications et des métiers identifiés comme étant en tension, pour mieux expertiser les compétences des demandeurs d’emploi, pour leur proposer le cas échéant un poste, une formation complémentaire ou éventuellement une reconversion dans un autre métier. L’objectif est de faire en sorte que, dès qu’une offre d’emploi est déposée dans n’importe quel point du territoire, on puisse proposer un candidat. On estime qu’à l’issue de ce travail, un peu moins de la moitié de ces demandeurs d’emploi restera inscrite dans les métiers du bâtiment », précise Serge Lemaitre.

DONNER DES PERSPECTIVES

L’établissement public prévoit dans un deuxième temps de mettre en place, via le réseau des conseillers Pôle emploi spécialisés dans le secteur du bâtiment, un suivi départemental et régional. « L’idée est que dans le mois, voir dans les 15 jours qui suivent le dépôt d’une offre, une aide ou un plan d’action soit proposé au chef d’entreprise de type action de formation préalable au recrutement (AFPR), préparation opérationnelle avant l’embauche (POE) ou formation, résume Serge Lemaitre. Il s’agit de donner de la perspective à l’entreprise. On ne peut pas la laisser sans réponse. C’est un engagement fort que nous prenons. » D’autres actions pourront être proposées tels des entretiens avec les recruteurs ou des job-dating.

DIVERSIFIER LE SOURCING

Le troisième moyen identifié pour résoudre les problèmes de recrutement dans le secteur du bâtiment est « d’élargir la ressource de candidats ». « Certains secteurs connaissent des difficultés économiques. L’idée est donc de mettre en place des passerelles avec ces secteurs. Il s’agit en l’occurrence de se rapprocher du dispositif Passerelle Industrie. Déployé par l’IUMM et différentes branches professionnelles, son but est de faire en sorte que les salariés de ces entreprises en difficulté ne passent pas par la case chômage et soient directement, soit par le biais de prêt de main-d’œuvre soit par une embauche, recrutés par d’autres secteurs industriels. Il s’agit de voir si, suivant les métiers, des passerelles sont également possibles vers le secteur du bâtiment. Un travail va s’engager avec les branches de l’Industrie pour identifier les métiers qui vont licencier et du côté de la FFB pour identifier les compétences dont les entreprises ont besoin. L’ambition est bien de capter cette main-d’œuvre qualifiée qui hélas pourrait se retrouver au chômage. »

L’élargissement de la ressource est un enjeu majeur pour Serge Lemaitre qui rappelle que chaque semaine dans les 77 agences de Pôle emploi de la région, des job-dating et des présentations de métiers sont organisées dont une bonne part concerne le secteur du bâtiment. « Il faut attirer d’autres personnes qui n’ont pas le réflexe, qui ne connaissent pas ces métiers alors qu’ils ont énormément évolué. C’est aussi dans ce but que nous organisons les périodes de mise en situation en milieu professionnel (PMSMP). Cela permet à une personne intéressée d’être placée, 15 jours, trois semaines ou un mois, dans une entreprise pour découvrir le secteur, avant de s’engager dans une formation ou un métier et ainsi ne pas perdre de temps. On va multiplier ces périodes d’immersion en entreprise et pour cela aussi, nous avons besoin du relais des branches professionnelles. » Lesquelles, de leur côté, ne manquent pas d’idée non plus pour faire connaître leurs métiers. À la Capeb Occitanie, des opérations sont ainsi programmées dans les mois à venir pour, via des maquettes et un escape game, faire découvrir aux élèves, dans les écoles et les collèges, la réalité de ces métiers.

Mieux connaître les projets de recrutements des entreprises des secteurs en favorisant la convergence des offres d’embauche vers Pôle emploi, tel est le dernier axe de la convention signée le 20 janvier. « Nous n’avons pas connaissance de tous les besoins, confirme Serge Lemaitre. L’objectif encore une fois est de mieux connaître l’étendue des offres, les qualifications demandées. Cela nous permettra de mieux identifier les compétences qui font défaut pour ensuite par exemple, construire des formations avec le Conseil régional, sachant que ces métiers évoluent très vite. En ayant un maximum d’offres, cela permet de connaître très vite les tendances qui se dessinent et d’adapter l’offre de formation en conséquence. »

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